Bonne Arrivée !
Spoiler : nous sommes bien arrivés, à Lomé mercredi dernier (19) et à Sokodé vendredi soir (21). Sauf qu’ici, on ne dit pas “bienvenu” mais “bonne Arrivée” ! Car Bienvenue, c’est un prénom ! J’ai même l’impression qu’on nous dit vite bonne arrivée comme un bonjour.
Bref, voici un long, très très long article écrit le long du trajet sur nos premières impressions.
Départ de France
Enregistrer, la veille au soir, 232 kg de bagages (12 gros sacs et valises).
Le lendemain, se lever tôt, vivre chacun beaucoup d’émotions.
Se retrouver à Roissy avec 2 valises à main trop grosses pour passer en cabine…. pourtant mesurées. Donc 14 valises finalement en soute, a récupérer a Lomé
Au revoir émouvants, un peu humides, mais aussi en musique grâce au cousin qui avait cette mission de mettre la joie dans notre départ.
La suite ira très vite car nous arrivons à chaque fois, sans traîner pourtant, dans les derniers à embarquer. Premier avion : Roissy - Bruxelles. 263 km, bravo pour l’impact… 1er decollage des enfants et cet instant magique où l’on s’élève alors que la terre devient de plus en plus petite en dessous de nous, que l’on voit le dessin de cette mosaïque terrestre…
2e décollage, Bruxelles-Lomé… l’écran de films leur bouffe le cerveau et ils sont moins attentifs au hublot mais apprécient toujours, et même les trous d’air et les turbulences et les menus leur font plaisir .



L’arrivée à Lomé
3e décollage : Accra-Lomé, après une étape de 55 minutes dans l’avion resté au sol. Et on repart d’Accra (Ghana) pour un dernier vol de 168 km seulement… ma conscience écologique a mal de ces 2 décollages pour trajets si courts. Heureusement que le voyage a une utilité au développement et une longue durée.
A Lomé on aura tout eu : douane lente, perte d’un bagage (finalement retrouvé) et départ de 2 valises pour la fouille, évidemment les 2 pires ! Mes réflexes du Tchad ressortent, l’image de mère de famille blanche et le gros t-shirt coopération catholique que j’ai pris soin de mettre ont dû aider car finalement rien n’a été ouvert. J’apprendrai le lendemain que les autorités craignent les drones et qu’au même moment, 2 reporters français ont été incarcérés au Togo pour utilisation de drones. Cf les communications de Reporter sans Frontières. Bref, j’étais contente, face aux enfants, de ne pas être perdue en Afrique.
Les portes s’ouvrent, il fait très chaud et lourd, nous sommes moites en un instant.
Adèle et frère Jean-Yves (Frère des instructions chrétiennes, c’est souvent la maison de leur province qui accueille les arrivants à Lomé) sont venus… avec 1 voiture de 5 pour tous et tous les bagages ! Qu’à cela ne tienne : hop ! un taxi supplémentaire (on parle d’une citadine !) à surcharger (tous les bagages et 3 passagers) et c’est parti.
Les enfants notent les odeurs, les motos, trouvent la ville moins jolie et sont étonnés de l’absence de règles de sécurité routière (“on n’a pas de siège ni de ceinture, c’est très dangereux !”) et aussi de la vétusté des équipements qu’ils prennent pour de la saleté. Je retrouve à travers eux mes réactions d › il y a 15 ans.
Diner chez les sœurs, quelle lumière dans leurs yeux quand ils ont vu les pâtes (quel plat réconfortant !) et goûté à cet ananas extraordinairement bon… Je mesure leur fatigue et je suis fière d’eux.
Les togolais sont jusqu’ici adorables avec les enfants, rigolent avec eux… même si nos loulous ne comprennent pas leur accent ! Bon, ils se font beaucoup caresser les cheveux (poke @Sixtine) et la Fée Nomène récolte toutes les attentions et se fait appeler la grande ou la chef, autant vous dire qu’elle adore ! Autre étonnement, ils repèrent tout de suite que nous avons des jumeaux ! En 24h, nous avons plus entendu “c’est des jumeaux ?” qu’en six mois en France !
Coucher tardif (22h ici, donc minuit en France), demain sera une journée calme !
Je finis cette journée sur une note d’espoir ironique qui console ma conscience écologique : le filet d’eau qui coule de la douche est si minuscule que si je prends 2 ans de douche avec si peu d’eau froide (sans chauffe-eau évidemment), je vais sans aucun doute compenser le Paris-Bruxelles et le Accra-Lomé (168 km) en avion ! 😉
Premier jour Togolais
“Papa on arrive quand au Togo ?” demandait Licorne, presque 6 ans, à la douane. “Mais on y est déjà !” répondit son père. Et ses yeux s’ouvrirent, elle fut bouche bée et on lisait dans ses yeux la réalisation enfin d’un projet dont on parle depuis des mois : à sa hauteur, depuis des années !
Voilà mes pensées en admirant de la terrasse la vue sur Lomé, ce petit matin à… 5h ! Je crois que les 2h de décalage jouent déjà sur mon rythme personnel. Les enfants se réveillent extrêmement tôt également.


Le début de matinée se passe dans les démarches : une carte sim, de la monnaie…. Et pour proposer une activité plaisir aux enfants, nous les emmenons en “tricycle” (tuk-tuk) à la mer, grâce à l’application Gozem : uber de cette partie d’Afrique, on peut y commander tout type de taxi et taxi moto (dit “zem”). Pratique, fiable, sûr, sans arnaque : on adore. Bref.
Oui nous sommes rentrés à 6 dans le tricycle, peut être que notre vélo-cargo nous manquait trop.


Sur les bords des rues
En vidéo ou une seconde si vous en voulez plus (vidéo du trajet retour, notez bien la pub vache qui rit, elle passe vite !)
Ce n’est pas une plage où l’on se baigne : trop de vagues, de courants… mais on y observe la mer, et on se sent observés : autour de nous se forment des petits groupes, on est pris en photo…. Plume se sent très mal et déteste la pollution sur la plage. Il faut partir. C’était peut être tellement différent de ce qu’elle avait imaginé ? Nous déjeunons de beignets et bananes achetés aux tatas sur les bords de route et rentrons pour l’après-midi chez les frères.
La mer, ses rouleaux et ses courants en vidéo
Dans l’après-midi, joie extraordinaire : j’ai pu rencontrer ma filleule tchadienne. Née après mon départ du Tchad il y a 11 ans, je n’avais jamais pu la voir. Pourtant, la Providence a voulu qu’elle soit à Lomé encore un an, auprès de sa maman qui y poursuit ses études de médecine. Enfin ! Encore un “alignement de planètes” qui nous aura assuré que ce voyage était le bon, au bon moment… et je ne parle pas de l’éclipse du 12 août !
Deuxième jour au Togo et deuxième jour de voyage
6h de bus nous attendent aujourd’hui.
Nous arrivons à l’agence de bus (d’énormes bus surélevés pour prendre plus de bagages en soute) où règne évidemment ce qui semble être un joyeux bazar pour qui ne connaît pas la machinerie. Je sens les enfants apeurés de ne pas savoir où aller, et pourtant je me sens en pleine sécurité : impossible de perdre un enfant blanc ici !! On a été repérés du premier coup d’œil et tout le monde les guide ou les dirige. Le bazar est bien organisé, les bagages sont comptés et inscrits au numéro de téléphone du voyageur et sa destination. Aucun problème sur le nombre, et nous ne portons rien.
Licorne continue de raconter son voyage sur son carnet spécial :

Dans le bus, licorne essaye sa broderie. Plume boulotte toutes les arachides achetées à Lomé. Crocodile écoute de la musique ou dort et la Fée… dort !
Aucune secousse ne la réveille et pourtant jai mal au dos… ce que c’est de vieillir !
Monsieur écrit ses impressions sous forme de sonnet… et moi je caille car il y trop de clim ! Le paysage est particulièrement vert. Arbres ou champs, vergers, j’ai vu des cocotiers, des bananiers et des papayers. Même si c’est loin de ressembler à ma forêt natale, je suis heureuse d’être ici à regarder ces arbres aux feuilles immenses, ces paysans qui attaquent leur terre a la machette et la pioche faite main. La route est ponctuée de petits vendeurs de… tout (arachides, pastèques, grumes, réparation de camion, animaux,boissons, pilons, essence dans des bouteilles de rhum, ciment, cercueil…) et au fil du trajet les montagnes se dessinent à l’arrière-plan. Le sonnet décrira certainement mieux que moi ce paysage foisonnant, me rappelant plus le Cameroun.




Un beau navet de Nollywood (l’industrie du cinéma nigériane) passe sur les écrans, bientôt suivi de clips musicaux et on passe du rap a la chorale d’un baba cool sosie de Bob Marley qui aurait beaucoup vieilli.
À la pause (10 minutes pas plus, et avec 4 petits c’est tendu !), on achète des œufs durs, des bananes, du pain et des chips de plantain pour pique niquer.
Le plus beau reste le dernier trajet : de l’agence de bus de Sokodé à la maison où cette fois… une seule voiture (break, certes), à suffi pour tous nos bagages (dans le coffre et sur le toit) et les 7 personnes que nous sommes.


Évidemment c’est Monsieur, en bon chef de famille, qui est invité à monter devant tandis que ces dames s’assoient à l’arrière avec les 4 petits Lus… et il racontera qu’il a quand même bien senti que nous roulions sur les jantes ! Qui s’inquiétait au départ de comment nous gèrerions les valises ?
Et nous arrivons devant notre maison. Moment d’excitation en attendant les clés, impatience d’avoir à vivre ce qui nous attend, joie pure et franche d’être “arrivés enfin dans notre nouveau chez nous”.
Que c’est long de vouloir tout vous raconter, et pourtant cela reste incomplet ! Il y a tant de découvertes, et 6 personnalités différentes qui les vivent différemment.
Quand il se rase le matin, Monsieur ne pense pas à devenir président, mais se demande s’il n’est pas un peu fou d’avoir osé ce départ. Puis il se demande si je ne suis pas plus folle que lui !
La conclusion de son monologue, c’est qu’il y a de quoi être fiers de nos 4 petits Lus !