L'harmattan commence à souffler

L’Harmattan arrive. Il est sur toutes les bouches. « Bientôt, c’est la saison de l’Harmattan ! Oh là on va souffrir ! ».

Petit à petit, le ruisseau derrière chez nous s’amenuise ; il laisse réapparaître les pierres. Pour le traverser, les enfants peuvent enfin y sautiller sans se faire tremper les orteils voire la jambe entière. L’eau y est plus claire, et on y entend des grenouilles. Sur le trajet ensuite, les deux ruisselets à sauter s’assèchent, on n’a plus à les enjamber.

Il n’y a pas eu de pluie tropicale, assourdissante, tambourinante, depuis deux semaines. Seules deux ondées nous ont rafraîchis. Souvent, seuls les signes d’arrivée de la pluie arrivent… Mais l’eau, elle n’arrive pas. Il y a le vent, il y a la fraîcheur, parfois un éclair lointain, mais pas de pluie.

L’atmosphère est encore lourde. Mais cela va tomber.

Le jour change aussi. Il me semble qu’il fait jour quelques minutes plus tôt, à peine. Juste assez pour que le gardien de nuit puisse dès l’aube entretenir le jardin, rafraîchir la haie, faire une petite coupe aux bougainvillées. Et nous nous réveillons aux bruits filants du taille-haie. A moins que nous nous levions plus tard ? Je ne pense pas.

La luminosité change. La lumière nous aveugle plus qu’avant, et je sors à nouveau les lunettes noires.

Et insidieusement, il semble il y avoir comme un brouillard de poussière, le matin et le soir. Cela voilait hier, le soleil qui se couche sur le retour de l’école. D’une voix grave, Marcelle, avec qui je partageait la route, me le confirmait : « Oui… C’est l’Harmattan qui débute. »

Sur le retour de l’école hier
Sur le retour de l’école hier

Sur le retour de l’école hier
Sur le retour de l’école hier

Entre chien et loup, les nuages rosissent, et Licorne qui devient contemplative en a pris la photo
Entre chien et loup, les nuages rosissent, et Licorne qui devient contemplative en a pris la photo

L’Harmattan est le vent qui souffle en provenance du Sahara (nord-est), sec et chargé de poussière.

Tous ces signes semblent montrer que la saison des pluies approche de sa fin. Comment vivrons nous la prochaine saison ? Est ce que nous sortirons les pulls comme les Togolais, pour la fraîcheur du matin et du soir ? Imaginez que le thermomètre passe sous les 25 °C, il ferait froid ! Plume imagine déjà prendre son pull chaque jour. Est-ce que nous aurons la peau qui tire à cause de l’Harmattan ? Ou bien le guide Essofa nous aura fourni en beurre de karité du village peulh voisin pour protéger nos pores délicats ; à moins que nous ne l’ayons nous-mêmes fabriqué au dit village ? La poussière épargnera-t-elle les poumons asthmatiques du Crocodile (qui le vit très bien pour l’instant) ? Arriverons-nous à nous arrêter pour observer ces couchers de soleil magnifiques que la saison nous réserve ? Les enfants regretteront-ils le ruisseau à traverser, asséché ? Y aura-t-il autant de si beaux oiseaux et papillons à observer ?